Les Trêfles souterrain


Anne-Marie Beeckman
Collection de l'umbo


    Je ne connais pas le nain jaune. Ni les 
genoux du géant. Ni la hutte pleine de 
rosée. Aucune armure sur mes champs de 
bataille. Des blessés secs dans le silence. 

    Coupez. Grelottez. 
Une orange et la raréfaction des cimes. 
Qu'est-ce que j'ai fait du jeu que j'avais
dans les mains ? Spider ne répond plus. 

    Un miroir traverse la reine. 

    Je me bats l'oeil de ces moitiés de paires. 
Ces râteaux, ces bêches, ces faux dans le 
sainfoin? J'ai l'humeur vitrée d'hippo-
campes. Vous, secouez vos dés. J'ai jeté 
l'éponge. 

    Miroir, miroir, suis-je la plus belle ? Mes 
genoux, cagneux ? Le géant, hérissé ? dit le 
nain  jaune hissé sur ma quenouille. 

    De quoi demain sera-t-il fait ? Il n'y a
pas de cartes blanche. J'endosse la 
dépouille du renard. Je retrousse mes
crocs, je crois, dans la chair vive. Je crois 
couler mes pas dans l'herbe douce sous les
ramures. Ce n'est pas jeu : la mort du
renard pèse sur mes épaules. 

    J'ai mis tous mes chevaux sur la case 
Départ. J'herborise, et sont partis sans moi.
J'allais mesurer le monde mais la vie 
fut courte. Ah! mon trépidant squelette 
sous le dessous de cartes ! Et mes chevaux, 
mâchant les trêfles souterrains.






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